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,« Tu aurais dû être là pendant notre formation, notre manager nous a sorti que « vendre c’était raconter 80% de conneries » j’étais prête à me casser … »

Claire, commerciale junior pour une société d’assurance, a ce petit rire compulsif qui hésite entre le côté comique ou le côté désenchanté de la situation. Sans trancher, je repense aux chiffres :

150 000 emplois de commerciaux non pourvus.1

Cela fait sens. Après tout, qui a envie d’aller raconter des conneries aux gens ?

J’entends alors résonner dans ma tête la voix d’Alain, Directeur Commercial d’une société commercialisant des abris de jardin, qui s’époumonait mardi dernier :

« Désormais, je travaillerai avec des commerciaux indépendants. Salariez-les et ils se complaisent tous avec un 1500€ et une voiture de fonction. Aucune envie de se battre pour aller chercher leur variable ».

Mon empathie m’entraîne alors à la limite de la schizophrénie. C’est vrai, Alain s’est toujours battu. Il n’a jamais attendu que quelqu’un le mette au travail. Il est parti sur le terrain dès son plus jeune âge, chercher ses premiers clients avec une détermination inébranlable car le travail paye toujours. Il a prouvé au monde que, quand on veut, on peut. Alors, qu’attend la relève ?

Alain n’ira pas jusqu’à raconter 80% de conneries pour vendre. Il croit au travail bien fait. Mais je ne lui présenterai pas Claire pour autant, même si elle est « prête à se casser » et qu’elle rayonne de compétences commerciales.

Non, car leurs conceptions sont à des années lumières. Alain aurait aimé montrer l’exemple aux nouvelles générations, et leur enseigner cette valeur forte du travail. Du travail en soi. Un travail reconnu par un salaire, des éloges et des promotions. Claire aurait aimé faire la rencontre avec sa mission de vie. Son travail étant le cadre physique et structurel pour lui permettre de s’épanouir et d’avoir un impact au sein de la société actuelle.

Je comprends que ma schizophrénie ne se réglera pas facilement.

« Les enfants du numérique »2, comme les appellent Nicolas Colin et Henri Verdier dans leur excellent ouvrage sur la transition numérique, se situent tout en haut de la pyramide de Maslow. Ils sont en quête de sens, et cherchent ainsi à être reconnus pour leur individualité. Aussi, les auteurs expliquent qu’ils ne constituent plus une « masse » comme à l’époque révolue de la consommation et production de masse, mais une « multitude » où chacun a la possibilité et la volonté de faire entendre sa spécificité. Nombreuses entreprises l’ont compris, et la personnalisation de l’offre est désormais un angle d’attaque pour les nouvelles stratégies commerciales. Force est de constater qu’elles sont moins nombreuses à appliquer ce même paradigme auprès de leurs collaborateurs. Pourtant, il s’agit bien de ces mêmes « Les enfants du numérique ».

Les clients sont désormais volatiles et, pour reprendre la description de Nicolas Colin et Henri Verdier « devenus exigeants et impatients, difficiles à captiver car les sollicitations sont nombreuses ». Les collaborateurs le deviennent tout autant. L’étude MobiCadres3 montre qu’en 2018, plus d’un cadre sur cinq ont changé de poste. L’étude de l’APEC4 précise que les cadres âgés de moins de 30 ans sont plus de la moitié à avoir connu une mobilité professionnelle en 2018, contre seulement 18 % de ceux de 50 ans ou plus.

Face au grand désamour de la fonction du vendeur perçue comme « arnaqueur » ou « baratineur » comme le soulignent les DCF5 , il n’est pas surprenant de voir le nombre de postes boudés. L’enjeu de la fidélisation des clients, tant prônée par les Dirigeants et observateurs, est donc également de mise pour les commerciaux.

Ceci est d’autant plus important qu’ils sont le premier point de contact humain avec les clients, ils sont donc le premier visage de l’entreprise. Et également le premier capteur humain des signaux faibles du marché.

Personnaliser la mission des commerciaux ?

La personnalisation de l’offre est aujourd’hui l’axe de travail clé pour l’entreprise qui souhaite travailler son taux de fidélisation client. Le journaliste politique Matt Bai illustre bien ce principe dans son article « WHat’s Steve Jobs Understood Our Politicians Don’t »6 expliquant que la puissance d’Apple a été principalement mise au profit de la personnalisation du service offert. Les consommateurs se sentent désormais insultés face à une offre de masse.

Aussi, l’individu se verrait de plus en plus traité avec égard et respecté dans son individualité en tant que client, mais redeviendrait un pion parmi d’autre lorsqu’il revêt son costume de collaborateur ? Nous voyons bien là les prémisses d’une crise managériale si ce sujet n’est pas traité en profondeur.

    Des idées pour Personnaliser ?

    En vente, une bonne stratégie de personnalisation ne repose pas sur un sur-mesure poussé à l’extrême, selon le profil de chaque client. Elle réside avant tout dans la bonne compréhension du profil du client. Si l’entreprise l’a bien compris, elle pourra alors s’adresser à lui dans sa communication, telle que sur un site internet, et lui donner l’impression d’avoir conçu pour lui une offre tout à fait adaptée et cohérente avec son profil et la situation qu’il traverse. Une fois conquis par la proposition de valeur, le client pourra ajouter aux moments clés des « options » lui donnant le sentiment d’un achat totalement personnel.

    L’enjeu est donc de comprendre parfaitement le discours et le parcours client à mettre en place, avant d’aller chercher les moyens techniques pour plus de personnalisation. Ironiquement, cela revient à rechercher comment standardiser au maximum la personnalisation exigée par le client.

    Personnaliser la mission du commercial se base sur le même principe : établir un « parcours collaborateur » à l’instar du « parcours client ».

    Quel est mon « personae » ? Sous-entendu : quel est le profil commercial type que je recherche pour mon entreprise ?

    Pour l’attirer, quelle sera ma « proposition de valeur » : de quoi ce type de « personae commercial » aura besoin pour souhaiter rejoindre et rester fidèle à mon entreprise ?

    Comment est-ce que je communique et garde le lien avec lui ?

    Quelles seront les « options » que je lui laisserai, pour qu’il se sente pleinement compris et investi dans sa mission ?

    Ces questions impliquent nécessairement une réflexion de fond sur le profil de l’entreprise. Qui est-elle ? Quelles valeurs prône-t-elle ? Quelle est sa vision pour l’avenir / que recherche-t-elle ? Quel impact souhaite-t-elle apporter au monde ?

    Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que les « enfants du numériques » ont du mal avec les faux semblants, et recherchent le parler vrai, parler franc. Ils sont à tous égards en quête d’authenticité. A ce titre, si le projet d’un Dirigeant reste uniquement la recherche aux contrats, il est préférable de l’exprimer clairement plutôt que de s’inventer des valeurs pour la forme. Ne pas sous-estimer cette sensibilité au franc-parler sera un atout considérable en matière de management.

    A contrario, si l’entreprise affiche de la satisfaction client comme leitmotiv, développer un parcours collaborateur en parfaite cohérence sera nécessaire. Il conviendra ainsi de revoir les indicateurs de performance comme le taux de conversion, ou le volume d’affaires signées, par des indicateurs plus innovants et adaptés.

    Une politique de rétribution basée sur le taux de Reviews positif par exemple ?

      

    Viser la motivation intrinsèque

    Tout comme les start-ups ont compris que pour percer il était nécessaire de mettre l’expérience client au centre de sa stratégie, les services commerciaux gagneront à mettre l’expérience collaborateurs en leur centre. Il s’agira pour eux de vendre la « mission commerciale » tout comme ils savent vendre leurs produits et services à leurs clients.

    Nous touchons du doigt la motivation intrinsèque du collaborateur. Qui n’a jamais réussi à « vendre » une idée à autrui sans aucune technique de vente mais simplement parce qu’il en était émotionnellement convaincu et conquis ?

    Ainsi, renvoyer une image de collaborateur fidèle ne pourra que générer plus de fidélité du côté des clients. Dans ce cadre, tu as raison Claire, il parait bien compliqué de continuer à « raconter des conneries ».

    Cet article est le premier d’une série qui vise à bousculer les politiques commerciales pour saisir les opportunités de la transition numérique pour cette fonction. Vous souhaitez recevoir le prochain article ? Inscrivez-vous ci-dessous.

    Sources :

    1. Laura Taillandier, publié le 13 février 2019 « La fonction commerciale tente de se réinventer pour attirer des jeunes diplômés » https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/02/13/l-avenir-du-metier-de-commercial-a-l-heure-de-l-explosion-des-ventes-en-ligne_5422772_4401467.html

    2. Nicolas Colin et Henri Verdier, Ed. 2015 « L’Age de la multitude : entreprendre et gouverner après la révolution numérique ».

    3. Enquête réalisée par Deloitte et Nomination, menée auprès de 4185 Décideurs de Janvier 2017 à Décembre 2017. https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/talents-et-ressources-humaines/articles/mobicadres-indicateur-mobilite-des-cadres-2018.html

    4.  Enquête en ligne réalisée entre le 18 février et le 31 mars 2019 par l’institut CSA, auprès de 4 000 cadres du secteur privé

    5. DCF, janvier 2015 « Manifeste pour le développement de la culture commerciale en France »

    ­6. Matt Bai, 2011, « WHat’s Steve Jobs Understood Our Politicians Don’t », The Caucus, The Politics and Government, Blog of the Times.

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